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La tentative de coup d’État du futur Napoléon III à Strasbourg

La tentative de coup d’État du futur Napoléon III à Strasbourg


Après la mort du fils de Napoléon Ier en 1832, son neveu Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873) devient le successeur de l’Empire Français. Petit problème pour lui : la monarchie a été rétablie depuis 1815 et Louis-Philippe Ier dirige le Royaume.

Une loi bannissant de France toute la famille Bonaparte contraint Louis-Napoléon Bonaparte à être exilé en Suisse. C’est donc de Suisse qu’en 1836 le futur Napoléon III prépare son coup d’état pour rétablir l’Empire.
Il rassemble quelques conjurés et établit son plan : soulever la ville de Strasbourg (une importante place militaire) en ralliant autour de lui les habitants et la garnison puis marcher aussitôt sur Paris en entraînant sur sa route les troupes, la garde nationale et la population.

Sur place, l’âme du complot est le colonel Vaudrey, qui commande le 4e régiment d’artillerie dans la caserne de la Place d’Austerlitz.

La caserne d’Artillerie de la Place d’Austerlitz vers 1900

Le 28 octobre 1836, à la tombée de la nuit, Louis-Napoléon Bonaparte entre à Strasbourg et prend la tête d’une poignée d’officiers qu’il avait rallié à sa cause dans un appartement du quartier Austerlitz. Le 30 octobre, à cinq heures du matin, il prend comme prévu la tête du 4e d’artillerie grâce au colonel Vaudrey et envoi alors des détachements pour s’emparer du préfet, du télégraphe, d’une imprimerie, et saisir le général de la garnison de Strasbourg.
Le 3e d’artillerie ainsi que le bataillon des pontonniers de tardent pas à suivre le mouvement et marchent tous au cri de : « Vive l’Empereur ! »

La troupe, avec le futur Napoléon III à sa tête, prend alors la direction de la caserne Finkmatt (actuellement le Tribunal et Saint Pierre-le-Jeune) pour rallier le 46ème régiment d’infanterie.

La caserne Finkmatt (à droite) après les bombardements de 1870

Mais par inadvertance et dans l’euphorie générale la colonne prend la direction du Faubourg de Pierre et au lieu de prendre le large chemin du rempart, qui permettait un déploiement des forces et qui assurait une retraite facile en cas de pépins, elle s’engage dans une ruelle étroite qui conduit à l’entrée de la caserne. Une ruelle si étroite qu’on ne peut y passer que de deux hommes de front et qui arrive perpendiculairement à la grille principale de la caserne. Faute grave, au lieu de paraître devant la caserne Finkmatt à la tête de tout un régiment équipé et enthousiasmé, Louis-Napoléon n’a pu se présenter devant la cour du bâtiment qu’avec une poignée de ses partisans.

Le temps presse et il ne peut donc pas reculer. Louis-Napoléon harangue un vieux sergent qui garde l’entrée:
« – Je suis le fils de l’Empereur.
– Le fils est mort, je ne connais que le roi. »

Mauvais présage… Mais bientôt une foule de soldats d’infanterie ayant entendu le nom de Napoléon accourent, commence à l’entourer et lui témoignent le plus vif enthousiasme. « Vive Napoléon ! Vive l’Empereur » retentissent dans le quartier Finkmatt. La partie semble alors bien engagée.

Un officier du 46eme affirme alors que celui qui excite tant d’enthousiasme n’est qu’un charlatan et que ce ne serait que le neveu du colonel Vaudrey ! La rumeur se répand alors comme la poudre. Furieux d’être dupés, les soldats d’infanterie transforment leurs ovations en menaces puis s’emparent de l' »usurpateur ».

Dans un capharnaüm incroyable, les artilleurs escortant Louis-Napoléon essayent de le récupérer mais sont rejetés par une triple rangée de baïonnettes qui se forme dans la cour de la caserne. La tension est à son summum sous les cris, les vociférations du régiment d’artillerie bloqué à l’arrière dans la petite ruelle. Un seul coup de feu et c’est le bain de sang entre les différents régiments de la même ville !
Les fantassins arrivent à fermer les grilles de la caserne et le lieutenant-colonel du 46eme contribua à éviter la funeste collision. L’échauffourée s’achève dans la bousculade et la confusion.
Trop tard; la situation venait de basculer en quelques minutes !

Résolu, le colonel Vaudrey prend alors la parole devant ses artilleurs qui refusaient de se replier sans Louis-Napoléon : « retirez-vous mes amis » dit-il aux soldats de son régiment ; « obéissez à votre colonel pour la dernière fois. »

Louis Napoléon Bonaparte est alors incarcéré avant d’être transféré à Paris. Le roi Louis-Philippe ne voulant pas de procès public offrant une tribune au futur Napoléon III, il décide de l’exiler en Amérique. Les autres meneurs de la conspiration seront jugés en 1837 au palais de justice de Strasbourg et seront tous acquittés après une délibération rapide (pour ne pas en faire des martyrs).

Ainsi se termine la tentative de soulèvement de Strasbourg. Un fiasco qui ne fut qu’un simple entrainement pour le futur Napoléon III qui recommencera 4 ans plus tard à Boulogne pour le même résultat. Après une épique évasion de sa prison en 1846, il sera élu premier président de la République Française en 1848 avant de réussir enfin son coup d’état en 1851 et de devenir enfin : Napoléon III, Empereur des français !

C’est ce que l’on appelle l’abnégation.


Cyril

Cyril

Fondateur de Kuriocity | Homme des tavernes

One thought on “La tentative de coup d’État du futur Napoléon III à Strasbourg

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