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Les arrêts de tram strasbourgeois #6 : Parc des Romains

Les arrêts de tram strasbourgeois #6 : Parc des Romains

Crédit photo : Laurène JACOB

Une toute nouvelle station de la ligne F inaugurée le 29 août 2020 :

La ligne F s’étend à présent jusqu’au cœur du quartier de Koenigshoffen avec 3 nouvelles stations créées : Porte Blanche, Parc des Romains et Comtes. Elle constitue la première étape d’une ligne qui ira à terme jusqu’au quartier des Poteries.

Pourquoi parler de cette station ?

Le paradoxe avec cette station de tram, la plus récemment inaugurée, c’est qu’elle se situe sur une route deux fois millénaire ! En effet, la station Parc des Romains tient son nom de la voie romaine qui se trouvait ici, au temps des empereurs, et reliait Divodurum Mediomatricorum (Metz) à Argentoratum (Strasbourg). La Route des Romains, qui traverse Koenigshoffen à l’heure actuelle, a d’ailleurs gardé le tracé exact de cette voie antique.

Mais le plus important c’est ce que les fouilles réalisées ces 10 dernières années à cet endroit ont donné comme résultats exceptionnels ! Puisqu’une nécropole antique y a été découverte. Elle se nomme « Allée des Tombeaux » et est un des rares exemples français d’alignement de tombeaux.

En voici une représentation 3D, vous donnant un aperçu de ce que pouvait voir un voyageur empruntant la Route des Romains à l’entrée de Strasbourg il y a presque deux milles ans :

Crédit : Cristian GARVIA MENDIVIL

Vous pouvez d’ailleurs admirer (et toucher !) une superbe reconstitution en bronze et grès des Vosges, située exactement à l’emplacement de l’ancienne allée romaine, à un jet de pilum de l’arrêt de tram :

 

Crédit : Antoine WEBER

Crédit : Antoine WEBER

Le premier monument de Strasbourg :

Si aujourd’hui la Cathédrale Notre-Dame est sans conteste le plus important monument de Strasbourg et d’Alsace (ainsi que du Monde si vous voulez mon avis personnel) et qu’on vient du Monde entier pour l’admirer, au Ier siècle après J-C, c’était ce majestueux alignement de tombes monumentales que les voyageurs passant par Argentoratum venaient admirer.
L’Allée des Tombeaux se trouvait à l’entrée de la Cité au Ier siècle, mais elle n’y est pas restée très longtemps car la croissance démographique d’Argentoratum a fini par l’atteindre au point que les autorités de la ville ont décidé d’enterrer les tombeaux pour dégager de l’espace. En effet, la ville avait besoin de terrains pour le faubourg en pleine croissance, situé à la place du quartier de Koenigshoffen. C’est grâce à cet enfouissement volontaire que l’Allée des Tombeaux a été préservée et est arrivée jusqu’à nous dans un relatif bon état de conservation.
Sur les deux schémas qui suivent, vous pouvez vous rendre compte de la différence d’implantation et de l’augmentation de la population urbaine entre le Ier et IIe siècle de notre ère :

Plan schématique de l’occupation romaine au Ier siècle à Strasbourg. © Archéologie Alsace

Plan schématique de l’occupation romaine au IIe siècle à Strasbourg. © Archéologie Alsace

Qui fut enterré là ?

La construction de ces grands mausolées funéraires représente une dépense onéreuse ; seules les personnes les plus riches pouvaient se payer un tel monument. Parmi eux, les légionnaires les plus gradés, dont la solde est importante, constituent une clientèle de choix pour les sculpteurs. Voilà pourquoi ce sont principalement des vétérans de l’armée romaine qui y sont enterrés, venus d’Italie du Nord et affectés à la surveillance de la frontière de l’empire. Des plaques en métal nominatives des défunts ont même été implanté sur les trottoirs de la route des romains à l’endroit où se trouvait leurs tombeaux.

Crédit photo : Laurène Jacob

Toutefois les tombeaux n’étaient pas occupés uniquement par des militaires. On le sait grâce aux inscriptions sur les pierres tombales, les épitaphes, mises au jour lors des fouilles. Celle du sarcophage de la femme de Junius Eudemus, par exemple, contient une remarque épitaphe: « à la mémoire éternelle de Quinta Gaia Florentina, femme incomparable, qui vécut 37 ans, 5 mois et 13 jours, Junius Eudemus a fait ériger ce monument à sa femme très chère». L’archéologue qui m’a indiqué cela s’est empressé d’ajouter, à juste titre : « On ne sait pas si c’était sincère ! ».

Pour vous donner une idée des vestiges retrouvés sur place, voici deux fameux exemples de stèles funéraires découvertes sur le site de l’Allée des Tombeaux à Koenigshoffen, datant du Ier siècle et conservées au Musée Archéologique de Strasbourg. À gauche, le mausolée familial des Valerius Rufus et à droite, la stèle du légionnaire Largennius :

Crédit : Musée Archéologique / Musées de Strasbourg / M. Bertola

Des vestiges qui attendent d’être découvert sous la ville moderne

Il faut bien se rendre compte que durant son apogée romaine, c’est-à-dire vers la fin du IIIe siècle après J-C, la future capitale alsacienne accueillait 6 000 légionnaires et devait compter probablement entre 15 000 et 25 000 habitants au total. Il y a donc certainement beaucoup d’autres vestiges qui attendent d’être découvert sous la ville moderne, et surtout autour de la Route des Romains. Car s’il a été possible de découvrir ces vestiges, c’est surtout parce que le début de la route est faiblement urbanisé (pour le moment). Prenez par exemple l’autre côté de l’arrêt de tram Parc des Romains, où se trouve actuellement un garage. Il est fort probable que si on pouvait un jour creuser en-dessous, on trouverait d’autres stèles et d’autres tombeaux !

En attendant de faire d’autres découvertes archéologiques dans la capitale alsacienne, il faut souligner que les différents travaux récents ont pu affiner notre connaissance de la ville antique, au point de pouvoir proposer une illustration du Strasbourg antique. Pour preuve, voici une aquarelle d’Argentoratum au IIe siècle, basée sur les dernières avancées archéologiques, et que les chanceux lecteurs de Kuriocity (vous !) sont parmi les premiers à admirer :

Argentoratum (Strasbourg) à l’apogée de l’époque romaine. Vous pouvez distinguer l’Ill sur la gauche et le castrum romain au premier plan. Crédit : Anthony REIFF (IDAAR). Retrouver d’autres illustration sur son site : https://www.idaar.fr/

C’est une ville bien différente que les habitants de Strasbourg pouvaient contempler au temps des gladiateurs et des légions. Car même s’ils ne mangeaient pas de choucroute, qu’ils ne roulaient pas à vélo et qu’ils ne se baladaient pas avec des sacs en papier Primark, il n’en reste pas moins que les premiers habitants de la ville marchaient sur le même coin de la Terre que nous, en témoignent plusieurs de nos rues et routes ayant gardé le tracé de leurs ancêtres antiques, comme la Route des Romains !

Conclusion :

Si vous devez vous rendre à Koenigshoffen dans le futur, pourquoi ne pas prévoir quelques minutes supplémentaires ? Car il faut absolument que vous vous arrêtiez un instant à la station Parc des Romains afin d’admirer la reconstitution de l’Allée des Tombeaux et les aménagements de médiations qu’y s’y trouve. Grâce à elle, et avec un peu d’imagination, en plus de voyager en tram, vous voyagerez dans le temps !


Notre série sur les arrêts de tram à Strasbourg :
🚉 #1 : Place de l’Homme de Fer
🚉 #2 : Winston Churchill
🚉 #3 : Hoenheim Gare
🚉 #4 : Futura Glacière
🚉 #5 :Kehl Rathaus

Antoine Weber

Antoine Weber

Trapéziste

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